Le Chitoumou

Le Chitoumou

Connue sous le nom de chitoumou (en Dioula burkinabé), la chenille de Karité est consommée depuis de nombreuses années en Afrique, notamment au Burkina Faso, au Ghana, en Côte d’Ivoire et aussi au Nigéria. A Bobo-Dioulasso, à l’ouest du Burkina, les femmes s’attèlent tous les ans , à partir du mois de mai, à la récolte de cet insecte, second fruit du karité, après la noix. chenille

Par Houmi Ahamed-Mikidache ( Options Futurs-Octobre 2013)

Les femmes possèdent le monopole de la recherche, du conditionnement, de la vente des noix et du chitoumou. C’est un business. Les prix des boîtes de chitoumou varieraient entre 500 et 1500 francs CFA ( entre 0, 76 centimes d’euros et 2,29 euros). A l’ouest du Burkina Faso, ces chenilles se substituent à la viande ou au poisson et les habitants en raffolent . Il y aurait plus de protéines dans les chenilles que dans la viande de boeuf ou dans le poisson.. Mais la filière de la vente de chitoumou n’est pas maîtrisée. Il n’existe aucun contrôle et au-cune organisation du marché.

Dans le cadre d’un projet , FasoProt, présenté en compétition interne à l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement à Ouagadougou, Kahitouo Hien et Christophe Douviri, deux jeunes étudiants veulent valoriser, les apports en protéines de la chenille de karité. FasoProt consiste à proposer des solutions nutritionnelles destinées au enfants de moins de 5 ans. Les chenilles sont consommées séchées ou bouillies. Mais elles peuvent être aussi transformées en poudre (enrichie en vitamines et en minéraux). Intégrée dans la bouillie de mil nourrisson, cette poudre devient un complément alimentaire.

« Quand on a découvert que le projet avait un plus grand potentiel , on a décidé de se lancer dans les compétitions à l’international », explique Kahitouo Hien.

En juin dernier, les deux étudiants participent à un concours de l’université Berkley aux Etats-Unis. Cette compétition réunit des projets d’entreprises provenant de grandes écoles dans le monde. Ils reçoivent le prix du Meilleur impact social du concours Global social venture compétition (GSVC). En plus de leur prix, ces deux jeunes burkinabés ont reçu un chèque de 10 000 dollars. Avec cette somme conséquente, ils travaillent sur des tests de laboratoire.

Six mois après la fin de leurs études, ils intègrent l’incubateur 2IE et développe leur projet. Ils bénéficient d’un contrat de travail avec l’école et décide de regrouper les fem-mes en association afin de développer un agro-business en professionnalisant la filière du chitoumou.

Leur stratégie : s’implanter dans les grandes villes comme Ouagadougou. « La chenille n’est pas un tabou pour ceux qui ne la consomment pas. C’est juste qu’ils n’ont pas l’habitude d’en manger . Mais ça, s’acquiert très rapidement.   Il y a cinq ans, il était presque impossible de trouver des chenilles à Ouagadougou. Aujourd’hui, , les gens y consomment plus la chenille qu’à Bobo ,et elle est très recherchée. » souligne Kahitouo Hien, originaire de l’Ouest du Burkina . Il se demande tout de même comment faire face à la rupture de stock en cas de commercialisation à grande échelle…

Au Burkina Faso, La proportion des enfants de moins de 5 ans présentant une insuffi-sance pondérale est très élevée. Elle était de 38% en 2003, pour atteindre un pic de 46,1% en 2005, avant de baisser considérablement à 31,7% en 2007. En 2015 , ce taux devrait s’établir à 43, 65%  selon le rapport sur les ODM .

D’après l’Unicef, Action contre la Faim (ACF) et PAM, les denrées alimentaires telles que le mil, le riz et le sorgho vont se faire rare à partir du mois de mars 2013 dans le Sahel, suite au déficit de pluie dans la région.

Author: Houmi

Based in Paris, Houmi Ahamed- Mikidache is the founder and editor in chief of Era Environnement. She manages two teams of journalists based in Africa who write on climate change and sustainable development. She is also a media trainer.

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