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COP 22-Niger – Katiellou Gaptia Lawan, chef de la Direction de la Météorologie Nationale: «Une des conséquences des changements climatiques au Niger est l’augmentation considérable des températures»

Météorologue Nigerien

INTERVIEW. Depuis quelques années le Niger connaît de fortes chaleurs, principalement pendant les mois d’avril et mai où le mercure monte à plus de 45°C. Katiellou Gaptia Lawan, chef de la Division Prévisions météorologiques à la Direction de la Météorologie Nationale explique à eranevironnement.com les raisons de l’augmentation des températures dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Propos recueillis par notre correspondant Kane Illa

eraenvironnement.com : Depuis quelques années, particulièrement au cours du mois d’avril, on assiste au Niger à de très fortes chaleurs au point où le mercure monte  parfois à plus de 45°C. Qu’est-ce qui peut expliquer une telle situation ?

Katiellou Gaptia Lawan : A l’instar des autres pays du Globe, le Niger n’est pas épargné par les  changements climatiques. Une des conséquences des changements climatiques au Niger est l’augmentation considérable des température, de jour comme de nuit. Les températures maximales enregistrées quotidiennement connaissent annuellement une hausse soutenue traduite par des valeurs au dessus de la moyenne ou normale. Depuis 1995 , les températures maximales annuelles, sur l’ensemble de notre pays, ne sont jamais retombées en dessous de la normale. Depuis 1995-1996 , nous faisons face à des périodes de fortes chaleur avril-mai-juin. Le record de température maximale a été enregistré en 2010 allant bien au de-là des 45°C, avec une valeur de 48,3 °C et 48,2°C enregistrée au mois de mai respectivement à Tillabéry [ sud ouest] et à Bilma [nord ouest]. Au mois d’avril de la même année, le Niger a connu une vague de chaleur avec des températures soutenues de 46 à 47°C, conjuguée avec l’humidité de l’air. Plusieurs personnes sont ainsi mortes, en l’espace de quelques jours, notamment à Niamey [la capitale].

Cette année au du mois d’avril, plusieurs régions du Niger ont subi de fortes pluies dont les quantités ont presque atteint les 100 millimètres par endroits. Serait-ce aussi une expression des changements climatiques, étant entendu qu’au Niger les saisons hivernales débutent généralement vers la fin du mois de mai et au début de celui de juin ?

Oui bien sûr. C’est un fait peut-être rare, mais ce n’est pas exceptionnel ni inhabituel d’avoir des précipitations au cours du mois d’avril ou même avant. En 2013 il y a eu de fortes précipitations au cours du mois d’avril dans plusieurs localités du Niger. Il y a quelques années, à la Direction de la Météorologie Nationale, on avait demandé aux populations de ne pas semer avant le démarrage de la saison pluvieuse. Hélas, nous n’avons pas été écoutés. Il y a eu, par la suite, un arrêt de pluies de 50 jours. La saison pluvieuse est arrivée au mois d’avril. L’arrivée de ces pluies au mois d’avril est thermodynamique [ s’explique par une transformation des systèmes]. Avec le réchauffement intense au Nord, associé à d’autres phénomènes météorologiques, on assiste au creusement des couloirs dépressionnaires (basses pressions) qui aspirent le Front Inter Tropical (FIT) et font remonter la mousson sur les régions, surtout de la bande sud et du centre du pays. Avec l’instabilité atmosphérique quasi présente il y a de la convection, les nuages convectifs et la pluie tombent çà et là. Ensuite, les dépressions se comblent et la mousson retourne plus au sud. C’est ce qui explique les précipitations des mois de mars et d’avril 2015. Ce ne sont pas des «pluies des mangues» [des pluies précoces]comme on l’entend dire.

Dans un pays comme le Niger où le taux d’analphabétisme et très élevé, comme dans de nombreux pays africains et du monde, les prévisions des services météorologiques ne sont généralement pas prises très au sérieux par les populations, notamment en ce qui concerne les hauteurs de pluies attendues au cours d’une période donnée. Ces dernières années, le Niger fait face à de nombreuses inondations occasionnant d’importants dégâts matériels et même des pertes en vies humaines. Quel travail la Direction de la Météorologie Nationale fait-elle dans le cadre de la prévention des catastrophes liées aux inondations et est-ce que vous avez le sentiment que vos conseils sont pris en compte par les populations et par les décideurs ?

Oui, les prévisions rentrent dans nos activités de routine. Les prévisions météorologiques mais aussi climatologiques. Pendant l’hivernage , nous élaborons chaque jour un bulletin météorologique de courte échéance (24 heures), couvrant l’ensemble du pays et diffusé régulièrement sur la Télévision Nationale. Au cours de la présentation de ces bulletins, nous donnons de précisons sur les localités des pluies diluviennes attendues . Nous donnons des informations  sur les prévisions des pluies extrêmes qui pourront occasionner des catastrophes telles que les inondations et les dégâts dus aux vents forts. A la Direction de la Météorologie, on contribue fortement à la prévision des phénomènes météorologiques extrêmes et cette prévision est destinée à l’alerte sur les catastrophes. Par ailleurs, chaque année, au mois de mai, à l’instar des autres pays de l’Afrique de l’Ouest, nous élaborons des bulletins climatiques dits de prévision saisonnière qui donnent les prévisions des périodes de démarrage et de fin de la saison hivernale. Nous apportons des indications surtout des éléments sur la qualité de la saison à venir en termes des précipitations saisonnières attendues : excédentaires, moyennes ou déficitaires. Cet exercice nous le faisons depuis l’année 1998 avec des résultats très satisfaisants. Souvent, quand on a les moyens, on organise des ateliers de restitution à l’intention des organisations paysannes, des organisations non gouvernementales, mais aussi à l’égard des animateurs de radios et des humanitaires. Nous diffusons nos informations sur internet, par courriel, à travers notre site internet et à la télévision Nationale. Alors, je sais que certaines catégories de personnes utilisent  nos informations, mais  je ne suis pas du convaincu que les paysans en font usage. Il n’y a pas de stratégie nationale et de programme national d’information destinés exclusivement aux paysans, souvent illettrés et analphabètes, préférant se remettre à Dieu. Mais, c’est aussi le même Dieu qui permet aux scientifiques que nous sommes de pousser la réflexion pour développer des outils qui serviront à toute la communauté. Je crois qu’il faut qu’on agisse ensemble, et que le politique fasse un bon accompagnement, désintéressé, concret, efficace pour faciliter l’accès aux résultats à toutes les compétences véritablement reconnues.

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