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COP 22- Maurice : L’Economie bleue intelligente en Afrique : des opportunités à saisir

Par Houmi Ahamed-Mikidache

 

Pointe aux Piments

A Pointe aux Piments,  au nord  ouest de l’île Maurice, dans l’océan indien, dans une plage de sable fin, prêt d’une eau limpide, mais face  à une érosion côtière prononcée, quelques pêcheurs affirment travailler dans des conditions  difficiles, devant faire face à la pollution,  la pêche illégale, sans contrôle ni accompagnement de l’Etat.

Or, d’après  le gouvernement Mauricien,  105 cas de pêche illégale ont été établis ainsi que 84 200 roopies d’amendes infligées, suite aux opérations de contrôle menée par  cinq Flying Squads du Fisheries Protection Service (FPS)* menées durant la période de janvier à juin 2016.

De janvier 2016 à août 2016,  Le FPS, le centre de protection de la pêche a saisi 22 équipements de pêche sous-marine. Environ 4 100 patrouilles à terre et 370 en mer ont été effectuées. 366 points de vente ont fait l’objet de vérification et les officiers du FPS ont aussi mené 399 exercices de contrôle auprès des poissonniers, rapporte le site internet du gouvernement Mauricien.

Mais les  pêcheurs professionnels de pointe aux piments semblent esseulés et sont mécontents.  « Certains pêcheurs mieux équipés vont pourtant dans les eaux profondes malgré la fermeture de la pêche à l’ourite, » martèlent-t-ils.

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Les pêcheurs de Pointe aux Piments

A l’île Maurice, depuis le 15 août, la pêche au poulpe, localement appelée « ourite » est fermée jusqu’au 15 octobre 2016. Cette mesure,  lancée l’année dernière dans la région sud-ouest de l’île, permet aux poissons de se reproduire,  indique le site internet gouvernemental.

D’après  le ministère de l’Economie océanique, des Ressources marines, de la Pêche, des Services maritimes de Maurice,  le nombre d’ourites pêchées a connu une baisse ces dernières années. « Alors que 81 tonnes ont été pêchées en 2006, le chiffre est passé à 34 tonnes en 2015, et cette année il est prévu qu’environ 29 tonnes seront pêchées. La surpêche est une des raisons de cette état des lieux, » explique le ministère.

Les pêcheurs de pointe aux piments affirment n’avoir aucune autre alternative. « Il n’y a pratiquement plus d’autres  poissons », se plaignent-ils.

La pêche au poulpe

La pêche au poulpe constitue une activité économique traditionnelle transmise  de génération à génération à Maurice, mais aussi sur l’île autonome voisine : Rodrigues*. Cette pêche se pratique essentiellement aux bords des côtes rocheuses. Avec des techniques traditionnelles : les pêcheurs utilisent des tiges métalliques pour fouiller les cavités dans lesquelles se réfugient les poulpes.

«  Ces pêcheurs font ce métier  par défaut : ils le font  pour survivre depuis des années, » explique journaliste spécialiste des questions de pêche , David Casimir. Et d’ajouter : « On comprend leur appréhension face à la rareté des poissons : ces pêcheurs n’ont peut-être pas été assez sensibilisés sur d’autres activités nouvelles de la mer. »

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David Casimir

A Rodrigues , le processus de fermeture de la pêche à l’ourite est connu et assimilé par les pêcheurs , précise-t-il. Les pêcheurs rodriguais ont bénéficié d’un programme de sensibilisation ainsi qu’un accompagnement pendant une année, fait savoir Casimir.

Les pêcheurs de Pointe aux Piments, eux,  sont conscients des problèmes environnementaux qui expliquent la rareté des poissons. Mais, ils déclarent  manquer de moyens financier et  d’informations sur les alternatives.

Les alternatives

Pour Casimir, les pêcheurs de pointe aux piments  peuvent se réorienter vers d’autres activités beaucoup plus rentables, à partir de leur connaissance de la mer, sur le modèle des rodriguais, en apprenant à gérer durablement les ressources marines.

Mais qui pourrait les accompagner ? D’après  Ruby Moothien Pillay,  directrice de l’institut océanographique de Maurice, les pêcheurs mauriciens  vont  être prochainement impliqués dans  la conservation de certaines espèces comme les huîtres et les coraux. Il y aurait 2300 pêcheurs sur l’île Maurice .

«  Un très grand projet dans la culture des coraux va être mis en place avec l’appui du Programme des Nations Unies Pour le Développement (PNUD), en intégrant les pêcheurs pour qu’ils deviennent « les jardiniers de la mer », » souligne le Dr Pillay.

Comment pérenniser ces activités ? Pour la scientifique, la société civile peut faire le lien et soutenir les communauté vulnérables des zones côtières ( femmes notamment). Les différents programmes et partenaires régionaux peuvent être aussi mis a contribution, tels que l’association scientifique, le Western Indian Ocean Marine Science Association (WIOMSA), selon elle.

« Il ne faut pas oublier que la mer et la terre sont différents : sur mer, ça bouge, » fait-elle remarquer.

A travers le Marin Special Planning, un dispositif spécial de planification marine, ces scientifiques pourraient inclure toutes les parties prenantes en tenant compte notamment de l’importance des différents paramètres, notamment en créant  des aires marines protégées.

« Mais il nous faut des données solides : nous travaillons actuellement en concertation avec 100 chercheurs, » souligne le Dr Pillay.

Les défis

Marqués  par plusieurs caractéristiques similaires : élévation de la mer, blanchiment des coraux,  hausse de la température des océans entre autres , les Petits Etats Insulaires en Développement d’Afrique et les pays côtiers africains bénéficient   ces dernières années de plusieurs programmes de lutte contre les changements climatiques impliquant la gestion des ressources marines .

La Commission Economique pour l’Afrique a présenté plusieurs programmes aux Petits Etats Insulaires en Développement d’Afrique, en soulignant les opportunités de développement par l’économie bleue  : terme incontournable depuis le sommet de la terre RIO + 20 qui met en avant le potentiel économique des océans.

Depuis de nombreuses années, la Commission de l’Océan Indien accompagne les Etats de la région dans la gestion des ressources naturelles.

La Banque Mondiale a mis en place  plusieurs programmes dont celui sur la  gestion du littoral ouest africain, visant notamment  à favoriser les investissements pour l’adaptation aux changements climatiques. La Banque a aussi mis en place un système de gouvernance des pêches et de croissance partagée dans le sud ouest de l’Océan Indien, le  South West Indian Ocean Fisheries program qui a pour ambition d’ aider les pays de cette zone à gérer la pêche et la biodiversité marine. Mais les défis demeurent.

«  A la Banque Mondiale,  on  a remarqué que les Etats on a du mal à quantifier l’économie bleue. Les Etats ont une vision de l’économie bleue, mais ils n’arrivent pas à voir la valeur ajoutée que ce secteur peut apporter : ils veulent aller au-delà de la pêche. Mais, ils  peuvent avoir cette valeur ajoutée  à travers la pêche, et aussi par le biais notamment de  la recherche et le développement, la commercialisation des produits de la mer,  l’aquaculture, le tourisme et les énergies renouvelables, le marché du carbone » présente Yuvan Beejadhur, spécialiste en gestion de ressources naturelles de la Banque Mondiale.

Toutefois les Etats côtiers doivent faire face à l’érosion côtière.  «  C’est un processus normal, mais  c’est son accélération qui est problématique,  fait remarquer  Rawat Arshad de  l’institut Océanographique de Maurice. «  On ne contrôle pas  le changement climatique : ça  touche tout le monde,  » rappelle l’océanographe. Mais les mesures prises à Paris l’an dernier pourraient faire la différence.

Que dit l’accord de Paris ?

Au mois de décembre 2015 à Paris, durant la  COP 21, plus de 190 pays  se sont engagés à limiter la hausse de température de la planète à moins de 2°C d’ici 2100.  Au mois de mai dernier, des  experts ont donné leur point de vue dans une revue spécialisée ( Nature Climate Change)  sur les implications de l’accord de Paris dans la gestion des risques d’impact sur l’océan à long terme. Les Etats, rappellent-ils,  ont un rôle essentiel dans le  processus d’augmentation des ambitions en termes de réduction des Gaz à effet de Serre (GES).  Toutefois, l’accord de Paris, adopté en France, signé à New York n’est ratifié que par une trentaine de pays. Il n’entrera en vigueur que quand  55 États représentant 55 % des émissions de GES auront  ratifié le texte.

L’île Maurice en collaboration avec le groupe de la Banque Mondiale,  organiseront du 1er au 2 Septembre une conférence ministérielle sur les économies des océans et les changements climatiques. Plusieurs sujets seront évoqués notamment le financement, la croissance, la durabilité, l’emploi, et la planification spatiale. Les conclusions de cette événement seront soumises à la Conférence des Nations Unies sur le Climat à Marrakech prévue du 7 au 18 novembre prochain.

 

  • Entité créée en 1948 dépendante du Ministère de l’économie océanique de Maurice
  • Rodrigues est une des îles appartenant à l’île Maurice

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