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Comme si tout allait bien

 

Par Houmi Ahamed-Mikidache

 

Nous sommes aux  Comores depuis quatre mois. Quatre mois où nous essayons de faire fonctionner  notre média ERA ENVIRONNEMENT. Pas facile. La situation politique ne permet pas d’établir des relations internationales avec les  Comores. Nous avons pourtant la possibilité de travailler avec de nombreux pays en Afrique et ailleurs. La jeunesse comorienne a besoin de s’ouvrir et doit pouvoir présenter les caractéristiques spécifiques des îles, connues pour leurs nombreuses espèces endémiques. Cette jeunesse peut aussi travailler en collaboration avec d’autres jeunes et partager des expériences liées au développement durable et à la lutte contre les changements climatiques.

Hélas, la jeunesse en général  ne semble pas intéressée par la protection de l’environnement et les opportunités de développement durable. Elle est animée par ce désir de quitter le pays. L’entrepreunariat des jeunes ici est embryonnaire et la fonction publique est saturée.  ERA ENVIRONNEMENT  prône l’action par l’information et la formation. Nous  ne nous décourageons pas. Nous arriverons à créer une dynamique autour de l’information sur les métiers issus du développement durable. Mais le chemin est encore long…

La connaissance : la meilleure arme

Nous pensons néanmoins que les Comores peuvent  être le carrefour de la connaissance sur les métiers verts notamment. Par contre,  nous ne pouvons pas passer à côté de l’actualité de ce pays, marquée par plusieurs crises politiques successives. Nous pensons qu’il est nécessaire pour la population de connaître son histoire . La jeunesse, notamment ne doit pas vivre avec l’idée du départ sans savoir. Un départ par tous les moyens. Un départ pour oublier les Comores et la situation de cet archipel méconnu au niveau international, mais aussi au niveau national. Les résultats de l’élection présidentielle et ses conséquences posent  question.   Combien de fois, les Comores ont fait l’objet de couverture médiatique pour des crises politiques ? Combien de fois  en France avons-nous entendu parler des coups d’Etats commandités par Bob Denard ? Il est d’ailleurs décédé depuis de nombreuses années.   Pourquoi aujourd’hui parle-t-on encore de tentative de coup d’Etat dans ce pays ?   Pour quelles raisons les autorités comoriennes ont-elles eu recours à la cour de sûreté, une  juridiction exceptionnelle ?  Cette juridiction est-elle légitime ? Y a-t-il un traumatisme lié aux coups d’Etat passés ?  Pourquoi la justice est-elle difficile à comprendre dans ce  pays ?  Pourquoi ne vulgarise-t-on  pas les différents droits utilisés aux Comores ? Pourquoi l’histoire récente de ce pays n’est-elle pas analysée ?

La parole est discrète

Je viens de présenter ERA ENVIRONNEMENT à des étudiants en troisième année de droit à l’université des Comores. Nous avons entre autres échangé sur l’avenir des jeunes aux Comores, sur le positionnement de la jeunesse dans les questions d’intégration dans le marché de l’emploi. Pendant une heure, nous avons discuté. Mais, personne n’a évoqué la crise post-électorale et l’ambiance actuelle aux Comores. Moi, j’en ai parlé. Mais personne n’a rebondi.

Actuellement, en Grande Comore, tout le monde agit comme si tout allait bien. Les Commerces ouvrent et ferment à l’heure habituelle. Mais personne ne discute de l’actualité politique dans les rues et taxis, comme avant…avant l’élection présidentielle.  La parole est discrète.

Elle est contrôlée et autocensurée. Les journalistes exercent leur métier sous pression et sont souvent peu compris dans ce pays.  En France, la presse et les médias sont le 4ème pouvoir. Aux Comores, ancienne colonie française, cela devrait être aussi le cas. Mais, ici, tout le monde peut devenir facilement journaliste. Même s’il existe depuis peu l’existence du Conseil National de la Presse et de l’Audiovisuel. Une formation aux journalisme est tout de même nécessaire et recommandée pour les journalistes notamment ceux des radios communautaires. A ce jour, une quarantaine de journalistes aux Comores ont bénéficié de formations. Ces formations vont  pouvoir mieux les aider à  informer et  éduquer les populations sur les questions essentielles de développement.

ERA ENVIRONNEMENT forme aussi et souhaite apporter une touche essentielle: la contextualisation dans les articles et reportages.  Dans ce pays, les journalistes ont aussi besoin de consulter les historiens pour travailler.

L’Histoire pour Comprendre

Près de la place  Badjanani, à Moroni ( la capitale), on remarque une affiche  «  Mayotte est comorienne et le restera à jamais ». Ces mots sont sans cesse répéter ici. Mais, en France, cette position n’est pas connue de tous à l’exception de la diaspora et des personnes initiées. Même si Mayotte fait partie du giron comorien d’après les autorités comoriennes, l’île est devenue le 101 département français en 2011, à l’issue d’un référendum.   Alors, pourquoi l’histoire des quatre îles n’est-elle  pas enseignée par le biais de plusieurs ouvrages francophones et anglophones pour susciter un esprit critique chez les jeunes ? Pourquoi le travail  du professeur d’histoire et écrivain, Mahmoud Ibrahim sur l’ histoire des Comores n’est-il pas repris et analysé ?

J’ai commencé à lire des livres sur les Comores, après mes études de journalisme en Afrique du Sud en 2001. J’ai pu lire de nombreux ouvrages d’auteurs tels que celui de l’anthropologue  Pierre Verrin «  les Comores »  , ou ceux de l’ancien professeur d’histoire  Malyn Newitt « The Comoros Islands in Indian Ocean Trade before the 19th Century » et «  The Comoros Islands : Struggle Against Dependency in The Indian Ocean ».

 Cela m’a permis de comprendre un pays que je visitais pendant les vacances, un pays que finalement je ne connaissais pas.  J’ai pu  découvrir les Comores par l’histoire, et apprendre, entre autres,  l’origine de la construction de  l’hôtel Galawa. Cette hôtel réputé près de la plage à Mitsamiouli, au nord de la Grande Comore,   fut la base arrière financière des mercenaires. Cet hôtel , selon Pierre Verrin,  dans son ouvrage  « les Comores »,  faisait partie de la manne financière du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Les autorités comoriennes de l’ époque, par le biais des mercenaires, ont soutenu financièrement la ségrégation raciale en Afrique du Sud.  La population comorienne a d’ailleurs souffert des pratiques mercenariales issues de l’apartheid. Mais, bizarrement, quand je venais pendant les vacances  je ne sentais pas cette souffrance. Elle était dissimulée. Apparemment.  Mais la population comorienne garde-t-elle les séquelles de cette période ? L’hôtel Galawa, lui,  n’existe plus.

Il y a tellement de faits politiques à décortiquer dans ce pays, comme les assises et le collectif de la troisième voie.  Nous, journalistes, acteurs de la société civile, enseignants,  devons aider la jeunesse comorienne à comprendre son histoire pour mieux intégrer les questions de développement et s’intéresser à ce pays sans vouloir le quitter à tout prix. L’accord de Paris devrait être mis en oeuvre  en 2020. La jeunesse comorienne doit être préparée aux différentes opportunités…Cela passe par la recherche et par l’écriture…

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