COP 22- Egypte : L’ère du charbon

COP 22-Egypte : L’ère du charbon

Par Aya Kathir

Face à la chute des prix du gaz et du pétrole, l’Egypte a finalement opté pour l’utilisation du charbon comme alternative au gaz naturel. Après plusieurs mois de polémiques, le gouvernement égyptien a cédé à la tentation. Analysecentrale de charbon

Tout avait pourtant bien commencé. Mars 2015. Charm El Cheikh. L’Egypte organise une conférence internationale sur le développement du pays. Pendant trois jours. Plus de 2000 personnes assistent au sommet. Objectif : encourager les investisseurs à réaliser des projets dans ce pays, il y a peu, connu pour son tourisme florissant. Mais le contexte n’est pas facile : tribulations politiques, terrorisme…Sous le Haut patronage du président égyptien Abdel Fatah Al Sissi, cette conférence fait l’objet de présentations d’importants projets. Un exemple: la transformation de la biomasse en énergie.

Stratégie de développement

Depuis le mois de février dernier, l’Egypte se dote r d’une vision de développement durable. Sa stratégie :   la vision 2030. La santé, l’environnement et l’Energie font partie des secteurs décrits. Dans le domaine de la santé, l’Egypte souhaite mettre en place un système sanitaire intégral de meilleur qualité, réduire de 50% le taux de naissance et le taux de mortalité des enfants de moins 5 ans, réduire la mortalité maternelle, permettre l’accès à 80% aux services de base de la santé et assurer la couverture à 100% pour tous les types de vaccination.

Dans le secteur de l’ environnement l’Egypte veut sensibiliser la population sur la protection de la nature et la réduction des effets des changements climatiques. Ses mesures : arrêter la détérioration de l’environnement, maintenir l’équilibre de l’environnement, utiliser d’autres modes de consommation, protéger la biodiversité, gérer les déchets, respecter les engagements internationaux. L’acccord de Paris personnalise les engagement du pays. Le texte de Paris répond en partie à la demande des pays en développement en terme d’actions liées aux mesures d’adaptation et d’atténuation présentées dans les plans d’action nationaux. Mais la question du financement reste à résoudre.La prochaine conférence des Nations Unies à Marrakech aura pour ambition d’y répondre.

Les défis

L’Egypte est considérée comme le deuxième plus gros consommateur d’électricité du continent Africain, couplé par  une démographie galopante. Avec une population de 10 millions d’habitants, l’Egypte doit aussi faire face à une insécurité alimentaire, notamment dans la région de Quena, Assuit, Sohag et Luxor, d’après le récent rapport sur les perspectives de développement publié conjointement par la BAD et l’OCDE. « À mesure que les demandeurs d’emploi migrent vers les zones urbaines, la population des villes augmente, ajoutant aux pressions qui pèsent déjà sur l’infrastructure urbaine, » explique les auteurs du rapport. Et d’ajouter : «  Pour remédier à ce problème, l’État a décidé de financer certains projets en Haute-Égypte, sur la côte nord-ouest et le long du nouveau canal de Suez. »

A Paris, au mois de décembre dernier, lors de la 21ème session de la Conférence des Parties (COP 21), l’Egypte a présenté son plan d’action national. Soumis à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatique ( CNUCCC) , ce plan porte sur la promotion de la résilience des ressources en eau, la sécurité alimentaire, la gestion des zones côtières, , les mesures d’adaptation des ressources en eau entre le Nil et le lac Nasser, l’amélioration des systèmes de drainage et d’irrigation, le recyclage de l’eau par le déssalement de l’eau de mer…

Lors du Sommet des Solutions, en parallèle de la COP 21, le Président Al Sissi a présenté l’initiative pour l’Energie en Afrique, une initiative d’accès aux énergies renouvelables soutenues par tous les Etats, à travers l’accord de Paris.

Dans sa vision de développement, l’Egypte, s’engage à utiliser 20% d’ énergies renouvelables en 2030, dont environ les 2/3 seraient assurés par le secteur privé. Ces mesures tant au niveau de l’adaptation ou de l’atténuation ont pour ambition de créer de l’emploi.

Le Charbon se greffe aux programmes

Mais, face à la chute des prix du gaz et du pétrole, en plus de l’augmentation de la demande énergétique naturelle, l’Egypte a cédé : le pays a donné son feu vert pour importer du charbon comme énergie alternative au gaz naturel.

Au mois de mars dernier, l’Egypte et le Japon ont signé une dizaine de protocoles d’entente dans le domaine de l’énergie et de l’électricité. Deux accords retiennent l’attention : celui sur la construction d’une centrale de charbon de 2 Gigawatt à Marsa Matrouh ( à 288 km à l’ouest d’Alexandrie) et celui sur la construction d’une centrale de charbon de 2 à 4 Gigawatt à l’Ouest de Marsa Matrouh. En plus du Japon, la Chine va aussi fournir du charbon à l’Egypte.

Pourquoi un tel revirement de situation alors que la Chine, l’un des principaux pollueurs de la planète, a promis pendant la COP 21 de baisser les émissions du charbon de 60% d’ici 2020 ? Pourquoi l’Egypte agit-il ainsi ? Parce qu’il y aurait une pression, celle des compagnies de ciment . Ces dernières utiliseraient le charbon, pour pallier à la pénurie de gaz naturel et  pour produire du ciment de meilleure qualité.

Quels sont les risques ?

Une centrale de charbon rejette environ 3.8 million de tonnes de CO2 par an. Cela correspond aux émissions extraites par 1 million de voitures. La production du charbon ainsi que sa consommation causent des impacts sévères sur l’environnement et la santé. Le charbon est considéré comme le combustible fossile le plus polluant. Ses particules atmosphériques, comme le dioxyde de soufre

SO2 , le dioxyde de carbone CO2 , l’oxyde d’azote et le mercure, ont la capacité de mettre en péril la santé des citoyens, en causant des maladies respiratoires et aussi le cancer.

En Egypte, les personnes exposées au charbon vivent  à Port-Saïd, une des ville portuaires de ce pays d’Afrique du Nord. Les égyptiens se sont même manifestés contre l’ utilisation du charbon par la campagne : « Égyptiens contre le charbon ». Une campagne menée pour dénoncer l’autorisation de l’importation du charbon. Cette matière représente aussi une menace contre l’écotourisme. Un écotourisme qui peut permettre la renaissance économique de l’Egypte. Pays naguère connu pour son climat et ses beaux paysages.

En utilisant le charbon, les charges de la consommation électrique domestique vont sûrement augmenter, en notant que les Égyptiens souffrent de délestage récurrent depuis l’été de 2014.

Pour les experts et la société civile, le charbon est non seulement un crime envers le climat mais aussi une grave violation contre les droits de l’homme. Alors que l’Egypte a un potentiel exceptionnel en matière d’énergie renouvelable (vent et soleil). Le désert peut être exploité pour l’utilisation de l’énergie renouvelable en construisant des parcs éoliens : une source d’énergie propre et verte. Le désert représente 90% de l’Égypte, pourquoi alors ne pas l’exploiter ?

A propos d’Aya Kathirصورة آيه-1

Aya Kathir est une jeune journaliste indépendante égyptienne de 23 ans. Elle possède une licence de littérature française obtenue à l’université du Caire. Trilingue, elle parle arabe, anglais et français. Elle est l’auteure  de nombreux poèmes en arabe publiés par le journal égyptien, « El Yom7 ». Elle a fait partie de la rédaction du journaliste universitaire de la faculté de Littérature française du Caire et y a écrit des articles en français dans la rubrique « Regards ». Aujourd’hui, elle est basée aux Etats-Unis où elle écrit des articles sur les droits humains.

Author: Houmi

Based in Paris, Houmi Ahamed- Mikidache is the founder and editor in chief of Era Environnement. She manages two teams of journalists based in Africa who write on climate change and sustainable development. She is also a media trainer.

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