One Planet Summit: ” Ce sommet ne se substitue pas aux mécanismes de la COP “- Seyni Nafo

One Planet Summit: ” Ce sommet ne se substitue pas aux mécanismes de la COP “- Seyni Nafo

Présent récemment au One Planet Summit, l’ambassadeur malien pour le climat, président du groupe des négociateurs africains en fin d’exercice et directeur intérimaire de l’unité indépendante de mise en œuvre de l’initiative africaine d’accès à l’énergie, Seyni Nafo revient sur les points essentiels de l’Accord de Paris et se confie à Era Environnement dans un entretien fleuve.

 

Era Environnement : Que pensez-vous des douze engagements présentés lors du One Planet Summit ?

Seyni Nafo à Bonn lors de la COP 23-
Crédit Photo: Houmi Ahamed-Mikidache

Seyni Nafo : Je salue ces engagements. Mais, je suis plutôt intéressé par l’annonce du président Macron : la mise en place d’un dispositif de vérification de la mise en œuvre de ces engagements. J’ai envie de prendre attache avec son équipe pour savoir quelles vont être les modalités de mise en application de ce dispositif. Je salue par ailleurs les engagements individuels des pays.

Comment pourriez-vous définir le One Planet Summit ?

Ce sommet ne vient pas d’une résolution de la Conférence des Nations Unies sur les Changements Climatiques. C’est un sommet positif qui veut mobiliser l’ensemble des acteurs et  accélérer les efforts,  pour relancer la dynamique. On appelle ça un push politique. Au regard de la situation dans laquelle nous sommes depuis l’annonce de  retrait du président Trump, il faut apprécier toutes les actions politiques qui tentent de mobiliser l’ensemble des acteurs pour remettre le climat en haut de l’agenda de l’action au niveau global. Mais, il ne faut pas oublier les négociations formelles : les pays développés et en développement ont pris des engagements dans l’Accord de Paris, à l’exception des Etats-Unis. Il existe  un dispositif de mécanisme de suivi et d’évaluation, des mesures de reporting  et de vérification des engagements de l’Accord de Paris. Ce sommet ne se substitue pas aux   mécanismes de la COP et de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Cette plateforme que veut mettre en place le président Macron est une bonne chose : cela permettra aux acteurs présents le 12 décembre  dernier de suivre leurs engagements. Si j’ai bien compris, l’objectif est de faire un point annuel sur les  engagements du Sommet. Et c’est très important. Ce sommet à réussi à mobiliser de nombreuses personnalités du cinéma, du secteur privé, des banques centrales…C’était très positif.

Lors de ce Sommet, le Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Gutierez a fait  référence aux 100 milliards de dollars par an attendus en 2020 en disant : «  n’oublions pas les 100 milliards de dollars attendus en 2020 ». Que représente pour vous cette affirmation ?

Effectivement, il a évoqué le sujet à deux ou trois reprises. C’est un acte très important. Parce qu’il rappelle en quelque sorte que l’Afrique et les pays en développement en général n’ont pas à répondre formellement à ce sommet comme si c’était une réponse aux négociations liées à l’Accord de Paris. Encore une fois, ce sommet est un push politique. Mais, ce n’est pas le lieu formel où les Etats doivent donner leur avis sur les engagements liés à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques et à l’Accord de Paris. Même si les protagonistes sont les mêmes: ce sont les pays du nord comme la France qui ont une responsabilité morale sur les financements de la lutte contre les changements climatiques. La France, pays hôte de l’adoption de l’Accord de Paris, se devait à Paris d’être le porte voix des engagements volontaires pris lors de la COP 21. Mais, je suis content qu’Antonio Gutierez ait rappelé que les 100 milliards de dollars  par an à partir de 2020 ne doivent pas être occultés. D’ailleurs, ce n’est pas un montant qui correspond à l’ampleur du problème. Mais, c’est un montant qui peut faire la différence et qui va faire la différence si des financements innovants et additionnels font leur apparition. Et on félicitera à ce moment- là.

La veille du  One Planet Summit, les 23 banques de développement nationales et régionales, issues du réseau IDFC (Chine, Allemagne, Brésil, Suède, Canada, France, Afrique du Sud, Ethiopie, BOAD, …)    ont publié le rapport «   Green Finance Mapping Report »  couvrant la période 2015-2016. Ce rapport précise que la plupart des financements pour la lutte contre les changements climatiques vont plutôt vers les programmes d’atténuation [de réduction de gaz à effet de serre] plutôt que vers les programmes d’adaptation . Que pensez-vous de l’intégration des jeunes dans le secteur privé pour la mise en œuvre des mesures d’adaptation aux changements climatiques dans le domaine de l’eau notamment ?

Dans les contributions nationales africaines, on remarque que tous les pays ont un plan pour lutter contre l’impact des changements climatiques. Nous, notre objectif, c’est d’aider chacun d’entre eux à mettre en œuvre ces plans-là, en  facilitant le renforcement des capacités et la mobilisation des ressources. Nous intervenons de cette manière, mais on ne discute pas de la pertinence des plans. On ne s’ingère pas dans les priorités données par les pays. C’est vrai aussi qu’il y a des défis qui sont communs et des besoins spécifiques, et on essaye sur ces plans-là de dégager des synergies.

Que pensez-vous de l’appui technique « Adapt’Action » dans le domaine de l’adaptation proposé par l’Agence Française de Développement à 15 pays en voie de développement, dont quelques pays d’Afrique notamment les Comores, la Tunisie, l’île Maurice, et le Niger  ?

Il faut saluer toutes les facilités de renforcement de capacités institutionnelles. Les modalités de mise en œuvre de ces capacités sont à regarder attentivement. Mais, je rappelle que l’accès au financement climat à deux barrières : les procédures et règles d’accès au financement sont compliquées et c’est aussi lié au manque de capacité des pays à formuler des programmes et projets bancables. Je salue donc toutes les initiatives qui tendent à renforcer les capacités des pays pour qu’ils puissent être en mesure de formuler plus de programmes, de projets de meilleures qualités.

Le président du Gabon, Ali Bongo, en tant que coordinateur du comité des chefs d’Etat africains sur le Climat a annoncé, lors du One Planet Summit,  sa volonté de lancer une campagne de mobilisation auprès des chefs d’Etats de l’Union Africaine sur l’adaptation aux changements climatiques. Il  a annoncé un financement de 500  000 dollars. De quoi s’agit-il exactement ?

Lors de la COP 21,  rappelez-vous, deux initiatives ont été lancées : celle sur les énergies renouvelables et celle sur l’adaptation. L’initiative d’adaptation n’a pas reçu beaucoup de soutien de la part de nos partenaires. Nous avons eu énormément de difficultés entre 2015  et aujourd’hui  à assurer son opérationnalisation. Nous avons tout de même une petite équipe dirigée par une négociatrice du Botswana,  et nous avons mis en place  cette  unité de coordination avec un budget et un programme de 4  millions de dollars à mettre en place d’ici à   2020. Sur 4 millions de dollars, 500 000  dollars sont destinés au fonctionnement de l’unité de coordination.  Les 500 000 dollars annoncés par le président Bongo font  référence à cette action. Le président Bongo a décidé de financer l’unité de coordination et l’une des premières actions de cette unité de coordination sera la  facilitation de la mobilisation des 3 millions de dollars au sein des pays africains. Son objectif :  élaborer les  plans d’adaptation nationale du continent et mettre en œuvre les  projets liés à ces plan- là. Donc, potentiellement, ces 500 000 dollars vont nous permettre d’ici un ou deux ans  au minimum d’obtenir  les 3 millions de dollars souhaités. J’ai fait, à ce titre, un petit calcul : on est actuellement à 150 millions de dollars, si on arrive à le faire, avec chaque  dollars versé  du Gabon, on arriverait à atteindre notre objectif. Et encore une fois, le groupe africain félicite le Gabon et s’engage bien entendu à avoir des résultats très concrets.

Vous êtes depuis quelques mois le directeur intérimaire de l’initiative africaine d’accès aux énergies renouvelables (AREI), annoncée  lors de COP 21 pour un financement de 10 milliards de dollars. Depuis la COP 21, où en êtes-vous dans l’accès à ce financement ?

D’ici le prochain sommet de l’Union Africaine, nous allons compilé les informations qui nous ont été envoyées par les différents partenaires : la France, l’Union Européenne, l’Allemagne et la Suède devraient bientôt se manifester. Le financement promis par le  Canada est disponible[  Lors  de la COP 21, le Canada a annoncé un financement de 150 millions de dollars]. Ces 150 millions de dollars américains ou canadiens, je ne sais plus, vont passer par la société financière internationale [ en anglais IFC, International Finance Corporation est l’ agence spécialisée  de la Banque Mondiale].

Propos recueillis par Houmi Ahamed Mikidache pour Era Environnement

 

 

 

 

 

Author: houmi

I’ve started my career as a student in journalism in South Africa in 2001 at Rhodes University in Grahamstown ( Eastern Cape). With a bachelor degree in Communication and Information obtained in France, my native country, I’ve decided to learn investigative journalism in South Africa. So I followed a one year intensive course, studiying journalism specialized on TV, but also Writing and Editing and New Media. During my studies, I followed two internships in Johannesburg. One with Business Day ,a well known South African economic media and the other with Agence France Presse (AFP).

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