COP 23: “Madagascar s’aligne  aux positions de ses groupes d’appartenance”- Dr NDAHIMANANJARA Johanita

COP 23: “Madagascar s’aligne  aux positions de ses groupes d’appartenance”- Dr NDAHIMANANJARA Johanita

Financement de l’adaptation, pertes et préjudices, création de centrales solaires, lutte contre la déforestation, emplois verts et formation des jeunes: la ministre de l’environnement de Madagascar, Dr NDAHIMANANJARA Johanita, affiche sa détermination à lutter contre les changements climatiques dans son pays . Entretien.

Propos recueillis par Houmi AHAMED-MIKIDACHE

Era Environnement: En tant que Ministre de l’Environnement de Madagascar, quel bilan faites-vous des actions d’adaptation aux changements climatiques dans votre pays ?

Dr NDAHIMANANJARA Johanita, Ministre de l’Environnement de Madagascar:  Madagascar met en œuvre actuellement des actions d’adaptation afin de renforcer la résilience de la population par rapport aux impacts appréhendés des changements climatiques et à diminuer les vulnérabilités sociales, économiques et environnementales. Les actions d’adaptation menées sont portées aussi bien par les collectivités territoriales décentralisées que par les communautés de bases. Les interventions visent surtout à renforcer les modes de gestion des ressources et à mettre en œuvre une multitude d’initiatives dans les secteurs prioritaires suivants: agriculture, zone côtières, éducation, santé, forêts, et aménagement de territoire.Des actions sont aussi menées actuellement à l’acquisition et à l’exploitation des données climatiques pour une meilleure utilisation par les populations locales. Un système de base de données sur l’adaptation aux changements climatiques est actuellement, en cours de mise en place à Madagascar. Actuellement, la contribution du pays dans la mise en oeuvre des actions d’adaptation aux changements climatiques s’effectue surtout à travers un co-financement. Néanmoins, la stratégie visant à inclure le financement des actions d’adaptation aux changements climatiques, dans le budget national est actuellement en cours de réflexion et préparation.

Votre pays s’est engagé à travers sa contribution nationale à réduire ses émissions de gaz à effet de serre  avec une part d’énergie renouvelable, quels sont vos projets actuels dans le domaine des énergies propres?

Les projets de création des centrales solaires font partie des pistes à explorer pour atteindre les objectifs fixés par les Contributions Déterminées de Madagascar. Madagascar a signé la convention avec l’Alliance Solaire Internationale en 2016 pour promouvoir le développement des centrales solaires. Et actuellement, la ratification de la convention avec l’alliance solaire international est en cours de préparation. Ceci a pour objectif de promouvoir la mise en place des centrales solaires dans notre pays.

Quelles sont les attentes de votre pays pour la COP 23?

Madagascar s’aligne aux positions des ses groupes d’appartenance, à savoir le Groupe des pays les moins avancés, le Groupe Africain, et le Groupe G77 et Chine, pour les négociations à la COP23. Nous exhortons les pays développés à respecter des obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre et nous souhaitons la mise a disposition de ressources financières. Nous voulons l’augmentation des ambitions sur les actions et les appuis fournis pour la mise en oeuvre des Contributions Déterminées Nationales et demandons une prise en compte de la question des émissions antérieures à 2020 durant le dialogue de facilitation en 2018. En terme de financement, de renforcement de capacités et du transfert de technologies, nous sollicitons l’élaboration d’une feuille de route sur le financement de 100 milliards de dollars, en tant que financement climatique pour les pays en développement ainsi qu’une prise en compte prise en compte de la différenciation entre les pays développés et les pays en développement, notamment dans la conception des diverses modalités, procédures et directives relatifs à la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Madagascar demande la flexibilité et la prise en compte des différences en termes de capacités et de moyens pour les pays en développement et la mise en place du cadre de transparence des actions et du soutien. , Madagascar sollicite vivement une plus grande transparence dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris et la mise en œuvre des engagements actuels des pays développés, en vertu des diverses décisions de l’Accord de Paris. En terme d’adaptation et pertes et préjudices, nous demandons la continuité des travaux pour la pérennisation du Fonds d’adaptation , le soutien aux pays en développement pour la formulation, la mise à jour et la mise en œuvre des communications d’adaptation, l’accomplissement des mandats et des fonctions du mécanisme international de Varsovie sur les pertes et préjudices, la prise en compte des pertes et préjudices dans tous les processus liés à l’Accord de Paris.

Pensez-vous que la question des pertes et préjudices a été résolue à travers l’Accord de Paris?

Il y a reconnaissance des Pertes et préjudices dans l’Accord de Paris, dans son article 8. L’Accord de Paris améliore la compréhension, l’action et l’appui en matière de Pertes et préjudices, étant donné que l’Accord reconnaît que toutes les directives relatives au fonctionnement du « Mécanisme international de Varsovie », le mécanisme qui gère les aspects liés aux pertes et dommages, peuvent être améliorées et renforcées conformément aux décisions de la Conférence des Parties.

Comment Madagascar fait face à cette question ?

Pour faire face aux questions liées aux pertes et préjudices, Madagascar développe les domaines de coopération et de facilitation dans le renforcement des systèmes d’alerte précoce et de la résilience des communautés, des moyens de subsistance et des écosystèmes.

Que fait Madagascar pour faire face à la déforestation?

Face à la déforestation, notre pays s’est engagé dans le mécanisme REDD+ depuis 2008. A cet effet, le Gouvernement Malgache agit sur plusieurs niveaux. Depuis les années 1990, Il a été mis un réseau d’aires protégées plus de 3 millions d’hectares qui ont été gérées par Madagascar National d’Aires Protégées ; ce qui a été renforcé par la création de Nouvelles Aires Protégées d’environ 6 millions d’hectares. En même temps, Il a été adopté et promu un mécanisme de transfert de gestion des ressources naturelles et forestières dont le but est d’impliquer les communautés locales dans la gestion des ressources forestières (Loi GELOSE 96025). Par rapport à la REDD+, des projets pilotes REDD+ ont été développés et mises en œuvre depuis 2008 dans le but de concilier lutte contre le changement climatique, éviter la déforestation et améliorer la condition de vie et bien être de la population locale. Une stratégie nationale est en cours de finalisation suite à des travaux de consultation avec toutes les parties prenantes, tout en tenant compte des politiques de développement national et les priorités sectorielles du pays. La stratégie nationale est fondée sur des expériences régionales ainsi que les projets REDD+ existantes à Madagascar. Pour faire face à la déforestation et la dégradation des forêts, et afin d’assurer la gestion durable des forêts et l’accroissement des stocks de carbone, Madagascar a opté sur les quatre principales orientations stratégiques. La première consiste à la mise en place le cadre politique, juridique et institutionnel nécessaire à la bonne gouvernance de la REDD+, la seconde est la promotion de l’aménagement et l’utilisation efficace des terres et des espaces ruraux, la troisième est l’appui à la gestion durable et la valorisation des ressources forestières et la quatrième est l’amélioration des conditions de vie des populations locales à travers la mise en œuvre d’alternatives aux pratiques agricoles non durables et à la consommation de bois énergie. Ces orientations ont été définies par un processus long avec la participation de toutes les parties prenantes, et qui ont pour but d’atteindre une vision REDD+ Madagascar qui va aussi contribuer à l’engagement de Madagascar pour sa contribution nationale à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. D’ici 2030, le taux de déforestation sera réduit de moitié, permettant une réduction de 15% des émissions de GES du secteur forestier. La superficie du couvert forestier sera augmentée de 15% pour atteindre 17% du territoire national (9,7 millions d’ ha), et ce à travers le reboisement et la restauration des forêts dégradées. La richesse en biodiversité sera maintenue. Les conditions de vie des populations locales seront améliorées à travers le développement des activités à la base. Pour concrétiser la mise en œuvre de la stratégie nationale, un Programme de Réduction d’Emissions (ER-Program) qui concerne le paysage de forêt humide de l’Est est en cours d’élaboration afin d’être soumis pour évaluation et approbation par le Fonds Carbone pour le Partenariat Forestier (FCPF) afin de bénéficier du Fonds Carbone et ainsi mettre en oeuvre des activités sur terrain qui réduisent la déforestation et dégradation des forêts. Ce programme qui sera piloté et coordonné par le Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts à travers le Bureau de Coordination REDD+ (BNC REDD+ couvre 4 Régions (SAVA, SOFIA, ANALANJIROFO, ATSINANANA) et inclus différents projets de développement et de conservation.

Les métiers issus de l’ économie verte ainsi que les métiers issus de l’économie bleue sont-ils compris par la jeunesse malgache?

La jeunesse malgache s’intéresse de plus en plus aux questions environnementales. Le Ministère de l’Environnement travaille avec ses partenaires actuellement, dans le développement de ces types de métiers, et aussi dans la sensibilisation des jeunes sur ces aspects. Les jeunes intègrent ce nouveau marché à travers les différentes formations professionnelles. Le développement des nouvelles sources de revenus respectant l’environnement font aussi parti des initiatives prises par le Ministère. Dans le cadre de la préparation de Madagascar à la REDD+, des séances de formation en matière de REDD+ ont été réalisées pour les jeunes dans différentes régions, à savoir Région Atsinanana, Région Boeny, Région Haute Matsiatra. Cette formation a permis d’expliquer aux jeunes le concept REDD+ par rapport à la lutte contre le changement climatique et la déforestation à Madagascar. Des discussions ont été aussi menées sur les rôles que pourraient avoir les jeunes dans la lutte contre la déforestation. Chaque formation a fait participer plus d’une soixantaine de participants . Les résultats sont satisfaisants car on a pu constater l’enthousiasme et la motivation des jeunes sur l’importance de lutte contre les changements climatiques. Néanmoins, malgré un certain enthousiasme et une réelle volonté d’être vraiment un acteur à part entière pour lutter contre la déforestation, le concept d’économie verte et économie bleue ainsi que les métiers qui en découlent sont encore mal compris par la majorité de la jeunesse malgache.

 

Author: houmi

I’ve started my career as a student in journalism in South Africa in 2001 at Rhodes University in Grahamstown ( Eastern Cape). With a bachelor degree in Communication and Information obtained in France, my native country, I’ve decided to learn investigative journalism in South Africa. So I followed a one year intensive course, studiying journalism specialized on TV, but also Writing and Editing and New Media. During my studies, I followed two internships in Johannesburg. One with Business Day ,a well known South African economic media and the other with Agence France Presse (AFP).

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