COP 22- le Technopark, l’autre atout du Maroc

 

COP 22- le Technopark, l’autre atout du Maroc

Par Houmi Ahamed-Mikidache

Le 15 juin dernier, le Technoftour [lieu d’échange annuel entre entrepreneurs marocains] a rassemblé plus de 200 chefs d’Entreprise du Technopark, un incubateur de droit marocain qui vient de fêter ses quinze ans d’existence. A l’approche de la COP 22, le Technopark se positionne pour une meilleure intégration du  secteur privé marocain dans le développement durable. Analyse.

Le Technopark : qu’est-ce que c’est ?Technopark_Rabat

Lancé en 2001, le Technopark est un incubateur d’entreprises de droit marocain. Né d’un partenariat public-privé, cet incubateur a accueilli  900 entreprises en 15 ans. Initialement basé à Casablanca, le Technopark s’ est dupliqué à Rabat en 2012 et à Tanger en 2015. Il couvre trois secteurs : l’industrie culturelle, les technologies de l’information et de la communication, et les Green Tech via le développement durable.

« Il y a un vrai spotlight sur le développement durable [au Maroc]. Quand vous avez des start-ups dans ce domaine, on parle beaucoup de vous. Il y a des opportunités. Il y a des financements, de l’accompagnement, vous pouvez faire du networking, » explique Omar Balafrej, Directeur Général de la Moroccan Information Technopark Compagny ( MITC), la société gestionnaire des Technoparks de Casabalanca, Tanger et Rabat.

Omar Balafrej Crédit Photo: Yassine Toumi

Omar Balafrej
Crédit Photo: Yassine Toumi

Concept du Technopark: 60 entreprises entrent chaque année,  60 autres entreprises sortent chaque année.  Importants détails : pendant 18 mois, les entreprises sont accompagnées par des services à bas coûts : un repas à moins de 20 dirhams, des tarifs privilégiés, des services administratifs et sociaux, une mise à disposition de salle de réunion et de salle de formation, une cafétéria, une banque. Autres avantages : les clients et partenaires. le Technopark réunit 250 start-ups et PMEs marocaines, près de 2 000 salariés d’une moyenne d’âge inférieure à 30 ans et plus de 10% du chiffre d’affaires TIC national (hors télécom).

«Les entreprises créées il y a moins de deux ans, peuvent bénéficier du tarif, trois fois moins cher que celui du marché. En gros, une entreprise peut avoir un bureau au sein du Technopark pour 100 euros par mois, pendant 18 mois uniquement. C’est dans le concept, si l’entreprise décide de rester, les tarifs augmentent, » indique M. Balafrej. Et d’ajouter : « On aide beaucoup pendant les 18 premiers mois, après les entreprises restantes contribuent aux financements des entreprises arrivantes. » Au Technopark, les grandes entreprises financent les petites entreprises , les filiales de multinationales ou ex start-ups en réussites payent un prix de marché, permettant de financer les petites entreprises.

Quel est le mode de financement du Technopark ?

La société gestionnaire du Technopark, Moroccan Information Technopark Compagny (MITC) a crée son propre fonds de capital risque : Maroc numérique. Un fonds de 10 millions d’euros. Ce fonds investit dans le numérique et le second volet ira dans les Green Tech, l’année prochaine, selon M. Balafrej. Principaux partenaires : les banques marocaines. Initialement, le Technopark est d’ailleurs soutenu par les principales banques marocaines : BMCE, Attijariwafa bank, la Banque Populaire et la Caisse de Dépot et de Gestion. L’Etat, selon le directeur de la MITC n’est qu’actionnaire. « Il n’a pas mis un dirham, mais a apporté son droit au Bail, » souligne-t-il. Mais le Technopark via sa structure gestionnaire est lié au gouvernement. “Le président en charge du Conseil d’Administration du Technopark est le ministre de l’Industrie, ” précise-t-il.

Comment les Green Tech sont arrivées au Technopark ?

« Il y avait des ponts entre les technologies de l’information et les Green Tech. Un certains nombre d’opérateurs et de cabinets de conseil, très forts utilisateurs des technologies de l’information ont pensé à l’optimisation énergétique, » se remémore-t-il. Cet ancien ingénieur, diplômé de l’Ecole Centrale de Lyon,  est  l’un des fondateurs du Technopark.

« Historiquement, le Technopark de Casablanca s’est spécialisé sur les technologies de l’information et de la communication sur quasiment les 10 premières années, » informe-t-il. Et d’ajouter : « Les autres secteurs [Technopark] de Rabat et Tanger sont arrivés par la suite, à partir de 2008, 2009. Depuis décembre 2010 , les entreprises de développement durable et du Green tech sont éligibles au Technopark. »

Le Technopark en action

La MITC a fait deux expérimentations . Avec la coopération allemande, le Technopark accueille la plus grosse centrale photovoltaïque urbaine ( 50 kilos octet) depuis maintenant 4 ans. Pour stimuler sa communauté d’entrepreneurs, la société gestionnaire met à disposition un potager urbain à l’entrée du Technopark sur plus de 2000 m2. « On a des légumes bio . On pousse notre communauté de 2000 personnes à venir avec des graines et les planter. L’idée n’est pas juste anecdotique ou marketing. Elle est aussi de montrer à nos entrepreneurs que l’innovation ce n’est pas que dans leur bureau, ou dans les laboratoires de recherches. Cela peut être partout, » affirme l’ancien ingénieur.

Le Technopark stimule les partenariats 

Chaque année, depuis 8 ans, le Technopark organise des événements à thème : le Technoftour [Ftour: signifie rupture du jeûne en arabe], le Technocouscous. Le 15 juin dernier, le Technoftour a rassemblé plus de 200 chefs d’entreprises des Technoparks de Casablanca, Rabat et Tanger. Son objectif : permettre aux participants un moment d’échange et de partage autour des nouveaux programmes et des nouvelles initiatives pour la promotion de l’entrepreunariat innovant ( témoignages de chefs d’entreprise et visite des espaces du Technopark). TechnoFtour 2015 (1)

Depuis six ans, le Technopark accueille un certain nombre de structures publiques et privées qui ont pour vocation d’ aider les entrepreneurs dans les trois secteurs. Exemples  : l’association planète citoyenne qui organise des événements autour du développement durable, le forum de la mer et le forum du désert à Ouarzazate, l’association des jeunes dirigeants, le CJD, Raison entreprendre Maroc, l’association start-up Maroc,  organisateur de compétitions de start-ups,  Enactus, spécialiste de ‘entrepreneuriat social.

Le marché des Energies renouvelables : une réelle opportunité

Quinze entreprises et associations du Technopark investissent dans les Green Tech. Prod’air, une de ses entreprises, conçoit et réalise des solutions technologiques innovantes pour des applications dans la cartographie des réseaux de distribution (électricité, eau, assainissement). Cette entreprise opère sur toutes les villes marocaines et travaille sur des stratégies innovantes : optimisation énergétique, éclairage intelligent, géodata management…La plupart des entreprises du Technopark participeront à la COP 22.  D’après le directeur de la  MITC, elles seront présentes sur différents leviers : conseil, conseil au gouvernement, conseil aux organisateurs de la COP. Mais elles présenteront avant tout leurs activités. Récemment intégré dans le Technopark, Steinrich Cycles proposera ainsi ses services : offre de voiture solaire , offre de vélos et cyclomoteurs électriques rechargeables, offre de stations photovoltaïques pour la production d’électricité à partir de l’énergie solaire (panneaux solaires, batteries, contrôleurs, convertisseurs, pompes à eau, etc.), et réalisation d’ études d’implantation solaires. Autres entreprises: SMAEE, un bureau d’ingénierie dans l’audit, le conseil, l’étude, l’assistance technique et financière dans le domaine énergétique et environnemental et la mise en œuvre des actions concourant au développement durable et ENR Afrique qui est un cabinet d’étude des énergies renouvelables et efficacité énergétique.

Masen : une ouverture pour le Technopark

« Le positionnement du Maroc dans le domaine des énergies renouvelables, avec notamment la création de Masen* est une réelle opportunité d’affaires pour nos entreprises, » affirme M. Balafrej.Ainsi les petites entreprises marocaines pourraient, selon lui, intégrées les marchés où se positionne Masen. Pour cet ancien consultant à la Société financière internationale, filière de la Banque Mondiale, le chiffre de 900 entreprises accueillies par le Technopark en quinze ans est insuffisant. « Le développement durable pourrait être la clé du développement de start-up. Mais, ce qui manque aujourd’hui, c’est un de nos chevaux de bataille, c’est la création multiples de start- ups marocaines. A l’instar des entreprises étrangères, les entreprises marocaines doivent bénéficier du positionnement sur le développement durable. C’est la clé, » souligne-t-il.

Au Technopark, les entreprises spécialisées dans les technologies de l’information et de la communication réussissent à se placer dans les marchés et obtiennent des bons de commandes , selon l’ancien ingénieur.. Mais, c’est différent dans le domaine des énergies renouvelables.  L’accès aux marchés ne se ferait principalement au niveau international.  « C’est bien que les grandes entreprises européennes, grandes entreprises françaises allemandes notamment intègrent les marchés [des énergies renouvelables], mais il faut qu’elles tissent des partenariats avec des structures marocaines, » plaide-t-il. Et d’indiquer : « Ce qu’il y a de mieux pour une start-up beaucoup mieux qu’un financement, c’est un bon de commande. J’insiste moi sur le secteur privé qui a besoin d’investir et d’acheter de la technologie. »

La jeunesse: une passerelle

«  Lorsqu’il y a une technologie, une bonne technologie, française, allemande ou anglaise, il faudrait créer une structure marocaine. Ce qui nous permettrait de créer de l’emploi et de la valeur ajoutée, » décrit M. Balafrej. Mais, selon ses dires, l’expertise au niveau du développement durable et de l’accès aux énergies renouvelables ne fait pas défaut au Maroc. «  Il existe des structures de droit marocain, dirigée par des marocains qui ont l’expertise sur des projets de toute taille,» affirme-t-il. Pour cet ancien patron de start-up, qui avoue avoir échoué une fois, comme la plupart des chefs d’entreprise qui réussissent actuellement, précise-t-il, il y a une dynamique anglo-saxonne ambiante au Maroc  : des structures associatives font la promotion de l’entrepreneuriat dans les universités.

Dupliquer un Technopark ailleurs

Conscient que des initiatives telles que le Technopark ne sont pas légion en Afrique, M. Balafrej se positionne pour l’implantation de structures en centre ville et non dans les milieux ruraux, comme en Europe. « Contrairement à l’Europe, on a des systèmes de transport qui ne sont pas assez bons. Mais, aujourd’hui, tous les pays du monde reviennent sur la création des systèmes d’innovation dans les centres villes, » soutient-il.

*  Créée en 2010, l’entreprise Masen (Moroccan Agency for SolarEnergy) a pour mission de mettre en place le plan solaire Marocain, la centrale solaire de Ouarzazate qui a été inaugurée au mois de février dernier par le Roi Mohamed VI.

 

Author: houmi

I’ve started my career as a student in journalism in South Africa in 2001 at Rhodes University in Grahamstown ( Eastern Cape). With a bachelor degree in Communication and Information obtained in France, my native country, I’ve decided to learn investigative journalism in South Africa. So I followed a one year intensive course, studiying journalism specialized on TV, but also Writing and Editing and New Media. During my studies, I followed two internships in Johannesburg. One with Business Day ,a well known South African economic media and the other with Agence France Presse (AFP).

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